Une petite histoire d'Arnaud dans son bateau Pro Yachting...
- Arnaud MACHADO
- 20 juil. 2018
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 août 2025
Le Trophée MAP du 14 au 16 juin 2018 Bon départ ! Ma première course de la saison. Un peu de stress mais enfin ça y est : on y est ! Il va falloir faire attention sur la ligne de départ car il y a beaucoup de monde. Je prends un bon départ, premier rideau bien dégagé des déventes des autres bateaux. On tire un long bord tribord jusqu’au Raz de Sein. Les premiers bateaux arrivent dans le passage du Raz de Sein au moment de la renverse par 100 de coefficient. Pas mal de courant. Le bateau se met à sauter dans tous les sens ! Pro
Yachting passe La Plate en cinquième position, pas trop mal placé. Je me concentre sur la prochaine manœuvre qui consiste à enlever le gennaker pour passer au spi max, en un minimum de temps (en langage de voileux on appelle ça un peeling).

"Un tour de Groix presque sans faute"
S’en suivent de longs bords de spi jusqu’aux Glénans. Pour le passage de la cardinale Sud Jument je fais attention à bien empanner au bon moment pour ne pas être hors cadre. La nuit commence à tomber et nous faisons route vers l’île de Groix au reaching. Le bateau accélère. Plus possible de lâcher la barre et les embruns qui recouvrent le pont se font de plus en plus fréquents. Pro Yachting file entre 12 et 14 nœuds. Il va falloir préparer l’affalée assez rapidement car les bateaux devant nous partent au tapis de plus en plus souvent. Pour gagner sur mes adversaires, je décide d’affaler sans abattre. Ce qui était une très mauvaise idée car la drisse de spi vient se mettre derrière la corne de la grand-voile. Impossible pour moi de renvoyer une voile sur cette même drisse et pas d’autres solutions que d’affaler une partie de la GV. Après tout ce temps perdu plusieurs bateaux me rattrapent. Je me reconcentre sur mes trajectoires et j’essaye de trouver les cardinales non éclairées autour de l’île de Groix – elles ne sont pas évidentes malgré mon GPS. J’enroule Les Chats - la cardinale la plus sud du parcours - et entame la longue remonter vers l’occidentale de sein. Je ne le sais pas encore mais cette deuxième journée de course va être très longue et difficile pour les nerfs.
"Une remontée vers Sein plus compliquée que prévu"

Entre 3 et 6 nœuds de vent avec une longue houle de 1,50 m à 2 m. Dur de faire avancer le bateau. J’essaye de garder mon sang-froid et de ne pas perdre le groupe de tête. Si je ne veux pas me faire distancer il faut absolument que j’arrive à passer l’occidentale de Saint avant la renverse de courant car avec un coefficient de marée de 102 et 3 à 6 nœuds de vent cela risque d’être très compliqué voire impossible de passer. Je n’ai pas du tout envie de sortir le mouillage et je garde espoir car le vent devrait se lever en milieu d’après-midi puis basculer à l’ouest pour nous amener en un seul bord à l’occidentale. Le vent ne se lèvera finalement jamais et la bascule n’arrivera que vers 21h. Les six premiers bateaux passent avec difficulté et moi, une heure après eux, je reste bloqué malgré plusieurs tentatives. Pas moyen de passer, le bateau se met à reculer. Pas le choix, je dois mettre l’encre avec 40m de fond ; pas simple. J’entends à la VHF arriver tous les autres petits camarades que l’on avait distancé. Je commence à désespérer et à m’énerver. Je me fait rejoindre et dépasser par une dizaine de bateaux. Le courant se calme enfin. Je remonte l’encre à vitesse grand V et repars direction la ligne d’arrivée à Douarnenez. À ce moment-là je suis en 20ème position des bateaux de Série. Imaginez mon état en voyant tous ces petits feux devant moi à la côte dans la baie de Douarnenez ! Faut absolument que je les repasse !
"La baie de Douarnenez pour se refaire"

Je me suis arraché pour revenir et dépasser tout ce petit groupe en faisant une belle cuillère par la gauche du plan d’eau. Malheureusement, dans le feu de l’action, je décide d’affaler le spi encore une fois sans abattre et je recommence la même erreur que j’avais faite plus tôt. Cette fois-ci pas moyen d’affaler la grand-voile. Je ne peux pas. Ils sont juste derrière. Je temporise, réfléchis à ce que je peux faire pour pas perdre trop de temps. Seule solution : envoyer le spi médium sur la drisse de capelage. Je mets tout en œuvre pour que le bateau glisse le mieux possible car je sais que les autres vont aller 0,5 voire 1 nœud plus vite sous grand spi. Heureusement il ne reste plus que 9 milles à parcourir avant de couper la ligne d’arrivée. Je les vois se rapprocher de plus en plus. Je ne sais plus trop quoi faire à part les contrôler et faire avancer mon bateau au maximum. Je ne vois vraiment pas quoi faire d’autre. Ouf ! Ça passe tout juste ! J’arrive à garder l’avantage et à franchir la ligne d’arriver en huitième position des bateaux de série. L’occidentale de Saint m’aura coûté deux places, mais elle aura bien failli m’en coûter une douzaine. Ouf, on a sauvé les meubles ! Merci à mes partenaires ! Merci à Philipe Seguret Pro Yachting





